Abbaye
de la Maigrauge

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Allocution de Madame Isabelle CHASSOT

Directrice de l’instruction publique, de la culture et du sport,

à l’occasion de la bénédiction abbatiale
de Mère Marianne Zürcher,
Abbesse de Notre-Dame de la Maigrauge,

 
Abbaye de la Maigrauge, Fribourg,
le 3 septembre 2011

Révérend Abbé général, cher Dom Mauro-Giuseppe,
Révérende Mère Abbesse, chère Mère Marianne,
Chères Sœurs de la Communauté de la Maigrauge,
Révérendes Mères, Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,
Monsieur le Vicaire général,
Monsieur le Président de l’Association des Amis de la Maigrauge,
Madame la Conseillère d’Etat, chère Collègue,
Monsieur le Conseiller aux Etats, Monsieur le Syndic,
Mesdames, Messieurs,

Chers invités,En réfléchissant et en préparant ce que j’allais vous dire en ce moment si particulier de votre vie, chère Mère Abbesse, j’ai lu des passages de la règle de Saint Benoît, notamment et naturellement les chapitres de ce merveilleux texte qui concernent l’abbé et le gouvernement abbatial.

Et j’ai été intriguée – et interpellée en raison des fonctions que j’exerce et de ma formation juridique - par un passage du chapitre 64 qui dit : « Que l’abbé fasse toujours prévaloir la miséricorde sur la justice » et que nous avons entendu tout à l’heure dans la prière de bénédiction.

Comment se fait-il qu’il faille donner la préférence à la miséricorde sur la justice ? La justice n’est-elle pas la garantie d’un bon fonctionnement d’un Etat, que l’on appelle chez nous d’ailleurs l’Etat de droit, la règle suprême d’une démocratie, ce qui la distingue d’ailleurs d’une dictature ? Montesquieu n’a-t-il pas proclamé dans « l’Esprit des lois » qu’ « une injustice faite à un seul est une menace faite à tous » ?

Dans un monde contemporain qui réclame la justice, qui traîne non seulement les chefs d’Etats déchus devant les juridictions nationales et internationales mais également devant le tribunal de l’histoire tous ceux qui sont morts, en sermonnant ces derniers et en leur dictant la conduite qu’ils auraient dû observer de façon « juste », comment préférer la miséricorde, c’est-à-dire le pardon mêlé à l’amour, à la justice ? Saint Benoît n’est pas particulièrement « politiquement correct » avec cette disposition de sa règle et il est à craindre qu’il ne soit lui aussi déféré au tribunal de l’histoire par les procureurs de notre temps...

Il ne m’appartient pas de commenter la règle de Saint-Benoît, vous qui la vivez chaque jour, comme des milliers de moniales et de moines et ce depuis des siècles, notamment dans cette Abbaye de la Maigrauge, présente à Fribourg depuis plus de 750 ans, et premier monastère féminin de cette cité. Et même si cette règle peut aussi être un modèle pour les gouvernements civils et inspirer largement l’organisation de toute vie communautaire, il faut être humble devant celles et ceux qui en ont fait la règle de toute une vie consacrée.

Mais essayant de comprendre cette prévalence de la miséricorde sur la justice dans l’exercice de votre charge, chère Mère Abbesse, j’ai tout à coup pensé à la parabole de l’Enfant prodigue. J’ai compris qu’à l’instar du père qui accueille avec amour le fils prodigue alors qu’en justice il aurait dû le punir pour ce qu’il avait fait, l’Abbesse d’un monastère doit aussi accueillir avec amour toutes celles qui l’ont choisie pour tenir la première place parmi elles, sans juger ou punir. Quelle charge à la fois belle et redoutable ! Si saint Benoît n’est peut-être pas politiquement correct, il semble être évangéliquement correct !

Et il ne m’appartient pas non plus de vous dire, chère Mère Abbesse, ce que vous devrez faire ou ne pas faire en revêtant solennellement aujourd’hui la charge et le service auxquels vos consoeurs vous ont appelée ce dernier lundi de Pentecôte.

Vous ne pourrez sans doute l’exercer qu’aidée de la prière, de l’aide et de l’affection de la Communauté de la Maigrauge et de tous ses amis ici réunis ou présents en esprit, des autres Communautés de la famille cistercienne, de l’Abbé Général, que je salue cordialement et à qui je transmets, comme à vous, chère Mère Abbesse, les vœux et les salutations du Conseil d’Etat, qui est particulièrement heureux de s’associer à la joie de tous. Ce n’est pas tout à fait par hasard que le Conseil d’Etat s’est fait représenter cet après-midi par ses deux membres féminins.

Chère Mère-Abesse,

En plus de vos qualités personnelles, de votre parcours de vie, de l’expérience acquise au cours de vos études et de votre enseignement, de celle tirée de votre vie religieuse, vous serez aussi aidée par le témoignage de votre chère prédécesseure, Mère Gertrude Schaller, qui a su avec tant de qualité et de charité, conduire cette Communauté durant 37 ans.
 
Je veux dire un grand merci à Mère Gertrude, avec laquelle les relations ont toujours été profondes, cordiales et vraies. L’Etat de Fribourg lui est particulièrement reconnaissant, elle qui a tant œuvré à la restauration des bâtiments conventuels et ainsi permis de conserver un témoin patrimonial et spirituel de si grande importance pour notre pays. Elle a aussi contribué à la solution trouvée en 2009 pour le Saint-Sépulcre pascal de la Maigrauge.

Chère Mère-Abbesse,

Vous ne pourrez surtout exercer cette charge qu’aidée de Celui en qui vous avez mis votre confiance totale, ce Dieu peut-être plus plein de miséricorde que de justice et que nous avons prié aujourd’hui pour vous.
 
Puissiez-vous assumer cette responsabilité au service de l’Abbaye de Notre-Dame de la Maigrauge dans la joie et la paix qui caractérisent cette Communauté et qui a marqué l’émouvante célébration que nous venons de vivre ainsi que dans l’Amour et la Vérité, selon votre devise abbatiale.
 
Encore impressionnées par les engagements que vous avez pris et les rites de la bénédiction abbatiale qui rendent perceptible ce que signifie l’abbesse dans un monastère, ma collège Anne-Claude Demierre et moi-même vous réitérons, chère Mère Abbesse, les félicitations du Conseil d’Etat et vous assurons de sa collaboration dans les préoccupations d’intérêt commun. Le Gouvernement cantonal forme des vœux pour votre personne, en sachant qu’il pourra encore compter sur votre bienveillante prière et celle de la Communauté aux intentions des autorités cantonales et du peuple fribourgeois.
 
Je vous remercie de votre attention.

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